Presse

TéléObs
du 12 au 18 février 2009
Marjolaine Jarry

Rituels muables
Comment l'Afrique réinvente ses traditions pour sauver les femmes de la barbarie.
Nashipaï est un jeunes fille massaïe. A 14 ans, il est temps pour elle de passer à l'âge adulte. Sa grand-mère lui rase la tête pour l'alléger d'une chevelure qui appartient désormais à l'enfance. On lui passe autour du cou un collier de viande de mouton, on l'enduit d'eau et de lait. Le jour du passage, la jeune fille, entourée des femmes de sa famille, écartera les jambes. On lui fera, au creux des cuisses, de minuscules incisions. Ce rite de passage alternatif, qui commence à être pratiqué en Tanzanie, le pays de Nashipaï, est une façon d'éviter la terrible excision sans renier la coutume - le titre du film, « Ni mila tu », signifie « la tradition seulement » en swahili. A l'instar d'autres « formateurs » et « formatrices », la courageuse Mama Seita s'est engagée contre la mutilation des femmes, particulièrement pratiquée dans les communautés massaïes. Mais prône le respect des rituels, pour une évolution sans rupture. « Avec ce rite alternatif, l'excision est supprimée, mais la fête est conservée, tout le monde est content », confirme Lucy, gouvernante d'une école où viennent se réfugier les adolescentes qui ont fui la menace de l'excision.
Selon un rapport de l'Unicef, rien qu'en Afrique, trois millions de filles et femmes subissent, chaque année, des mutilations sexuelles. Ce documentaire des jeunes réalisatrices Charlotte Bruneau et Laurène Lepeytre témoigne d'une réflexion sans préjugés, et a l'intelligence de montrer une Afrique debout, qui refuse de perpétuer une violence faite aux femmes.
Mais pour avancer sur le chemin du changement, c'est toute l'organisation d'une société qu'il faut repenser. Maintenues dans un état de pauvreté par leurs époux, les femmes massaïes deviennent souvent exciseuses pour gagner leurs propres revenus. Afin de les convaincre d'abandonner ces pratiques, les formateurs organisent des séminaires. Après avoir reçu un peu d'argent, les ex-exciseuses sont récompensées par un diplômes. Mais cela n'empêche pas certaines de continuer en secret leur métier, malgré l'interdiction légale. Heureusement, les mentalités évoluent, comme e témoignent les paroles recueillies par les deux réalisatrices. Ainsi, ce jeune homme massaï qui affirme : « Je préfèrerais que ma femme ne soit pas excisée, pour qu'elle reste en bonne santé. C'est ce que j'ai appris en cours de biologie. » Ou cet ancien qui se félicite, lors de la fête donne en l'honneur de la jeune Nashipaï : « l'excision appartient au passé, les temps changent. »



Le Monde
Dimanche 8 / lundi 9 février 2009
Olivier Herviaux
Le montage des premières images de Ni mila tu, devenir femme maasaï sans l'excision, est violent et tranchant comme la lame de l'exciseuse coupant le clitoris d'une enfant qui va « devenir femme ».
Nous sommes sur les plateaux tanzaniens, en pays maasaï, à une quarantaine de kilomètres d'Arusha. Depuis une année, avec l'aide de l'association Aang Serian (Village de paix en maa, la langue des Maasaï) et sous la pression du gouvernement, les jeunes filles ne sont plus « coupées » lors de leur « seconde naissance » à Monduli Juu. Un « rite de passage alternatif » permet de laisser tomber définitivement la pratique mutilante de l'excision.
Naivashe a 14 ans. Sa mère et ses sœurs ont été excisées. Elle est vêtue tout en noir et porte ses nouveaux bracelets de perles. La tête rasée, car ses cheveux appartiennent u monde de l'enfance, elle entre dans la case qui l'a vue naître. On lui écarte les jambes et... on lui fait deux petites entailles sur chacune des cuisses. Elle n'a pas crié et espère que les jeunes femmes de son âge ne hurleront plus jamais.
Au village, hommes et femmes disent désormais que « la femme qui n'est pas excisée s'amuse beaucoup plus pendant l'amour ». Et les exciseuses ont même réussi à se convertir fabricantes de bijoux en perles.
Car ce que montre avec délicatesse et finesse le documentaire de Charlotte Bruneau et Laurène Lepeytre, c'est qu'en abandonnant une pratique d'un autre âge, c'est toute une société qui avance tout en conservant l'essentiel de sa culture.


Télérama
Du 14 au 20 février 2009
Eléonore Colin
Monduli, un village massaï perdu aux confins de la savane tanzanienne. Ce jour-là, Naivashe, 14 ans, s'apprête à accéder à l'âge adulte. La jeune fille est sereine, tandis qu'une femme lui rase le crâne, puis noue un collier de viande à son cou. Quelques années plus tôt, elle aurait subi une excision - ablation de son clitoris au couteau. Elle aurait souffert le martyr ; peut-être même aurait-elle succombé à une hémorragie. Fort heureusement, depuis 1998, ces mutilations génitales sont illégales en Tanzanie et passibles de prison. Pour dissuader les exciseuses de pratiquer en secret, le gouvernement leur offre de l'argent, un diplôme et mène des campagnes de sensibilisation à travers le pays. A Monduli, l'excision a donc été remplacée par un rite alternatif : quelques entailles symboliques le long des cuisses. Sur a base du témoignage de repenties, de militantes pour l'égalité des sexes, mais auss d'hommes ayant pris conscience des dangers et de la cruauté d'un tel acte, Ni mila tu observe cette petite révolution des mœurs.
Un peu décousu, le documentaire de Charlotte Bruneau et Laurène Lepeytre pose un regard contemplatif et infiniment révérencieux sur le quotidien d'une tribu massaï, ses rites aux gestes précis, et surtout sa capacité à transcender des traditions.



France Info
13 février 2009
Danièle Ohayon
On reste en Afrique avec Mila Tu , un documentaire qui sera diffusé dimanche soir sur France Ô. C’est un documentaire passionnant sur les rites de subsitution à l’excision en Tanzanie. Le gouvernement tanzanien interdit l’excision, aujourd’hui, cette pratique peut coûter 10 ans de prison. Pourtant elle est toujours pratiquée en secret. La tradition impose tout un cérémonial de passage à l’âge adulte pour la femme et l’excision en fait partie. L’idée de conserver le rituel en proposant un cérémonial alternatif à la mutilation est donc une solution acceptable. Laurène Lepeytre et Charlotte Bruneau nous montrent, dans la province de Monduli, tout le déroulement de ce rituel où une scarification sur chaque cuisse de l’adolescente remplace l’exision... On assiste également à un séminaire rassemblant les exciseuses, qui renoncent solemnellement à leur métier en échange d’un diplôme, qui leur rend hommage et d’un peu d’argent... voilà qui complètent la menace de la prison. C’est difficile pour elles parce que ce activité leur assurait un revenu indépendant de leur mari. Leur trouver un autre travail est donc également un enjeu.

Mila Tu , dimanche à 20h35 sur France 0

http://www.france-info.com/spip.php?article252784&theme=81&sous_theme=168



Africa numéro 1

jeudi 12 février 2009
Invité des Matins d'Eugénie








CNA Luxembourg
février 2009

MILA TU de Charlotte Bruneau et Laurène Lepeytre
documentaire coproduit par Samsa Film et le Centre national de l’audiovisuel

En 2008, Samsa Film a proposé au CNA la coproduction du film “Mila Tu”. Ce premier documentaire, réalisé par deux étudiantes, avait une particularité: il était déjà tourné. Elles étaient parties, à leur propre initiative et avec leurs propres moyens et quelques soutiens trouvés auprès d’organismes divers, en Tanzanie pour témoigner de la mise en place d’un rite alternatif à l’excision. Les images que les jeunes réalisatrices ont pu montrer laissaient augurer de l’intérêt du projet mais il leur manquaient les moyens pour le terminer avec des moyens professionnels. Samsa Film et le CNA ont donc décidé de mettre ceux-ci à la disposition des cinéastes, en contribuant au film par le montage et le mixage.

Avant même sa finition, le film a suscité l’intérêt de festivals. Il a notamment été sélectionné au Festival des Droits de l’Homme qui aura lieu du 3 au 15 mars à Paris et est programmé à la télévision sur France Ô.

Le film a été présenté le 6 février en avant-première au CinéStarlight, en collaboration avec le Planning familial, à l’occasion de la Journée mondiale de luttre contre l’excision.
“Un peu décousu, le documentaire de Charlotte Bruneau et Laurène Lepeytre pose un regard contemplatif et infiniment révérencieux sur le quotidien d’une tribu massaï, ses rites aux gestes précis, et surtout sa capacité à transcender des traditions.” (Eléonore Colin, Télérama)

http://www.filmreakter.lu/no-low-budget/am-kino-mila-tu/

 


Le Jeudi
11 février 2009 - Luxembourg
written by Laurence Harf

"Si t'es pas excisée, t'es pas masaï!"
Le 6 février est célébrée la Journée internationale de tolérance zéro pour les mutilations génitales féminines. Trois millions de jeunes filles sont menacées chaque année.
Entre 100 et 140 millions de femmes en Afrique, mais aussi des immigrées en Australie, au Canada, en Europe, en Nouvelle-Zélande ou aux États-Unis ont subi des mutilations génitales. La Journée internationale, célébrée pour la sixième fois le 6 février, a pour but d’accélérer l’éradication de cette pratique ancestrale à l’horizon 2010 ou 2015.
Cette année, la lutte se concentre sur la volonté politique comme «centre de l’action pour la tolérance zéro». Sous les projecteurs sont la mise en œuvre de la législation, la problématique dans les populations migrantes et le changement des attitudes et pratiques sociales.
C’est ce dernier aspect qui occupe Charlotte Bruneau depuis plusieurs années. La jeune femme, étudiante en sciences politiques et swahili, a coréalisé un documentaire sur les rites de passage alternatifs à l’excision chez les Masaïs*. Elle découvre le sujet en 2006, alors qu’elle passe quatre mois dans le village de Monduli Juu au nord de la Tanzanie, non loin du Kilimandjaro.


Passage à l’âge adulte

Là-bas, les anciennes exciseuses se sont reconverties dans la fabrication de bijoux traditionnels. À leur contact naît un désir «de témoigner du changement et au-delà, de modifier la vision occidentale de l’excision, perçue comme barbare et incompréhensible», alors qu’il s’agit, aussi, d’un repère social à remplacer.
Le tournage suit une adolescente de 14 ans, Navaishe, au fil de la cérémonie du passage de l’enfance à l’âge adulte. Avant, le rituel aurait été l’excision, comme il l’a été pour sa mère, sa grand-mère et ses sœurs. Une exciseuse professionnelle, rémunérée grassement, serait venue chez elle et lui aurait tranché le clitoris et les petites lèvres du vagin, sans anesthésie, avec une lame de rasoir ou, dans le pire des cas, un tesson de bouteille.
Naivashe n’aurait pas eu le droit de laisser transparaître sa douleur, signe de lâcheté et d’immaturité. On lui aurait ensuite ligoté les jambes et elle serait restée ainsi enfermée chez elle pendant trente jours. Au terme de cette lunaison, on lui aurait rasé le crâne en signe de sa renaissance. Elle aurait changé de nom et aurait été mariée dans les semaines suivantes.
Ce n’est pas la forme la plus radicale d’excision. Dans d’autres parties de l’Afrique, notamment en Somalie, on procède à l’infibulation avec ablation complète du clitoris et des petites lèvres et suturation des grandes lèvres. Chaque accouchement nécessite une nouvelle incision et l’hémorragie qui s’ensuit.
Selon l’UNICEF, l’excision se pratique surtout dans les pays d’Afrique du Nord-Est et de l’Ouest. En Inde, en Indonésie, en Malaisie ou au Proche Orient, les mutilations génitales se limitent à des groupes ethniques ou à des régions précises. Elles sont pratiquées en moyenne de 4 à 12 ans, mais dans la plupart des traditions, elles concrétisent un rite de passage - le plus souvent vers l’âge adulte – pour les filles d’une dizaine d’années.
L’UNICEF s’est fixé pour but de mettre fin à cette pratique en l’espace d’une génération, en faisant pression au niveau politique, en engageant le dialogue avec les leaders religieux et familiaux, mais aussi en favorisant la reconversion professionnelle des exciseuses et l’instruction des filles.


Gravé dans la chair

C’est dans ce contexte que les choses ont changé pour les Masaïs de Tanzanie. La loi interdit depuis 2001 la mutilation génitale. «Il faut comprendre l’enjeu culturel», insiste Charlotte Bruneau. «Chez les Masaï, être adulte passe par l’excision, si t’es pas excisée, t’es pas masaï et tu n’accèdes pas au pays des morts.» L’enjeu est tel qu’une jeune fille a tenté de se mutiler elle-même. D’autres, plus ouvertes au monde, fuient au contraire leur sort d’excisées.
C’est précisément dans un foyer pour jeunes fugueuses au Kenya que naît en 2004 un projet de rite alternatif. Le rite dure une semaine et reprend nombre d’éléments traditionnels, auxquels s’ajoute l’éducation sexuelle.
Un peu trop moderne au goût des Masaïs tanzaniennes qui préfèrent l’adapter à leur contexte rural.
La symbolique est intacte, avec le rasage de la tête, le sacrifice d’un chèvre et d’une vache, la fête, l’enfermement pendant trois jours.

L’acte de l’excision est remplacé par quatre petites incisions dans les cuisses car «il était important que le passage à l’état de femme soit gravé dans la chair», visible. Le changement s’installe peu à peu, grâce au dynamisme de quelques femmes qui organisent des séminaires, convainquent les familles.
La politique au centre de l’action? «Dans la brousse, sûrement pas», répond du tac au tac la réalisatrice. Sur le terrain, c’est la sensibilisation individuelle qui porte ses fruits, «il faut parler aux anciens avec des mots qu’ils comprennent» plus qu’avec des interdictions officielles. L’État pourrait, par contre, intervenir en ouvrant des centres pour accueillir les adolescentes, de plus en plus nombreuses, qui refusent l’excision.
«Mila tu» (la tradition seulement) sera présenté en avant première au CinéStarlight à Dudelange le vendredi 6 février à 19.00h en présence de l’équipe du film. Le documentaire participera au festival international du film des droits de l’Homme, du 5 au 15 mars à Paris.

 

Festival International du Film des droits de l'homme - Paris

mars 2009

http://www.alliance-cine.org/index.php?view=details&id=16%3Amila-tu-devenir-femme-massai-sans-lexcision&option=com_eventlist&Itemid=62&lang=fr

 







Ils en parlent...

Femmes de la francophonie

http://cybersolidaires.typepad.com/francophonie/2009/06/mila-tu-devenir-femme-maasa%C3%AF-sans-lexcision.html

SUDPLANETE, portail de la diversité culturelle
http://www.sudplanete.net/?menu=film&no=8634

YOUPHIL, décrypter un monde d'engagements
http://www.youphil.com/fr/article/0578-devenir-femme-maasai-sans-l-excision?ypcli=adm-502

AFRICULTURES
http://africultures.com/php/index.php?nav=film&no=8634

 


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